01Des fragments d'ADN, tirés d'abord de la laitance de saumon
PDRN veut dire polydésoxyribonucléotide : un mélange de fragments d'ADN, la molécule qui porte l'information génétique des cellules. Le PDRN historique est extrait de la laitance, c'est-à-dire le sperme, de la truite arc-en-ciel ou du saumon kéta, puis purifié pour en retirer les protéines, qui peuvent déclencher des réactions immunitaires. Les études sur cellules et chez l'animal lui prêtent deux modes d'action : il se fixe sur un récepteur des cellules, le récepteur A2A de l'adénosine, et leur fournit des briques pour fabriquer de l'ADN neuf. Avant d'entrer dans les crèmes, c'était un médicament : en Italie, le Placentex, injectable et délivré sur ordonnance depuis 1994, sert à la cicatrisation de tissus abîmés.
Le piège : « PDRN » n'est pas un nom d'ingrédient reconnu dans l'Union européenne : c'est un nom commercial. Ne le cherchez pas tel quel dans la liste des ingrédients.
02Sur l'étiquette : Sodium DNA, un nom qui ne dit pas l'origine
Dans la liste des ingrédients d'un soin vendu en Europe, l'ADN apparaît sous le nom de Sodium DNA, le sel de sodium de l'ADN, plus rarement DNA, Hydrolyzed DNA ou Hydrolyzed Sodium DNA. Ce nom est le même pour toutes les origines : en Corée, des matières premières tirées de cellules de rose ou d'autres plantes, vendues comme « PDRN végétal », s'appellent elles aussi Sodium DNA. La liste ne dit donc pas si l'ADN vient d'un saumon, d'une plante ou d'une bactérie. Seule la description de la marque le dit, quand elle le dit.
Le piège : Ni Sodium DNA ni DNA dans la liste d'un soin vendu « au PDRN » : l'ADN n'y est pas un ingrédient à part entière. Le « PDRN » n'est alors, au mieux, qu'un composant d'un extrait de plante ou d'algue, dont la dose n'est pas indiquée.
03Saumon, plante ou bactérie : seul l'ADN de poisson a été testé chez l'humain
Les essais publiés sur le PDRN lui-même, en injection comme en crème, portent sur de l'ADN de poisson. Les PDRN « végétaux » viennent de plantes souvent cultivées en laboratoire, sous forme de cellules ou de racines : rose, ginseng, pivoine. Celui de rose de Lancôme a été étudié, dans une publication cosignée par des chercheuses de L'Oréal, sur des cellules de peau et des fragments de peau humaine, pas sur des volontaires. Une revue de 2026 ne relève aucun essai chez l'humain pour les PDRN de plantes, et prévient qu'on ne peut pas les tenir pour équivalents à celui de poisson. Pour les PDRN « bactériens », obtenus par fermentation de lactobacilles, une publication de 2026 décrit huit cas, sans groupe de comparaison.
Le piège : « Vegan » ou « végétal » vous renseigne sur l'origine, pas sur l'effet : ce qu'on lit sur les bienfaits du PDRN vient d'études sur l'ADN de poisson.
04La dose : la place dans la liste, et le piège des ppm
La liste des ingrédients suit l'ordre décroissant des quantités, à une exception près : ceux qui sont présents à moins de 1 % peuvent s'y suivre dans n'importe quel ordre. Un Sodium DNA placé en fin de liste est donc présent à petite dose. Quand une marque affiche un chiffre, retenez que 1 % vaut 10 000 ppm (parties par million), et demandez-vous de quoi il parle. VT Cosmetics annonce « 100 000 ppm » de PDRN pour sa crème en capsules : c'est la dose d'un mélange d'eau, d'extrait de ginseng, de peptides et de Sodium DNA. Sa liste d'ingrédients, elle, indique 0,5 ppm de Sodium DNA, soit 2 000 fois moins que la crème de l'étude publiée, dosée à 0,1 %, c'est-à-dire 1 000 ppm.
Le piège : Un « 99 % » ou un « 100 » dans le nom n'est pas une dose : c'est parfois la pureté de la matière première, parfois le nom d'une technologie, comme chez Medicube et Anua.
05En crème : une très grosse molécule face à la barrière de la peau
La couche superficielle de la peau laisse mal passer les molécules de plus de 500 daltons, l'unité qui mesure leur masse. Les fragments de PDRN en pèsent de 50 000 à 1,5 million. L'étude de 2026 a bien détecté un signal attribué au PDRN dans l'épiderme superficiel, au-delà de 20 micromètres de profondeur : chez un seul volontaire, 8 à 24 heures après l'application, avec une technique qui, préviennent les auteurs, ne distingue pas à coup sûr l'ADN appliqué de celui de la peau. Cette mesure ne montre pas qu'un PDRN en crème atteigne le derme, où se fabrique le collagène. Sur une plaie, où la barrière manque, c'est autre chose : une pommade au PDRN a fait cicatriser deux fois plus vite des zones de prélèvement de greffe de peau, dans un petit essai de 40 patients.
06Les bienfaits du PDRN en crème : une étude, 31 femmes, sans placebo
Publiée en 2026, elle a suivi 31 Chinoises de 35 à 55 ans, à la peau qu'elles jugeaient sensible. Chacune appliquait deux fois par jour, pendant quatre semaines, une crème contour des yeux à 0,1 % de PDRN de saumon d'un côté du visage, et la même crème au rétinol à 0,1 % de l'autre, sans savoir laquelle. Le côté PDRN a vu ses rides de la patte d'oie et ses poches diminuer environ deux fois plus que le côté rétinol, sans réaction indésirable signalée. Mais aucun côté ne recevait la crème sans actif, l'essai a duré un mois, et trois de ses cinq auteurs sont rattachés à des sociétés de biotechnologie ; ils déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêts.
Le piège : Ce résultat vaut pour cette crème, à cette dose : certains soins vendus en contiennent des milliers de fois moins.
07En injection : de petits essais, et un acte de médecin
Les injections de polynucléotides, des cousins du PDRN à chaînes plus longues, ont fait l'objet de neuf études sur le rajeunissement de la peau, 219 patients en tout, de qualité faible à moyenne selon une revue de 2025. Une revue de 2026 ne retient sur ce sujet que quatre essais randomisés, 78 personnes : deux comparent deux façons d'injecter des polynucléotides, les deux autres associent PN ou PDRN à un microneedling ou à une radiofréquence. Les effets indésirables rapportés sont légers et passagers, sans effet grave. C'est pourtant l'injection qui a fait connaître le PDRN ; en France, c'est un acte que seul un médecin peut pratiquer.